Les correspondances de Coline (1)
Coline Eberhard, grande amie depuis désormais quinze saisons, s’en est allée en Allemagne, le temps d’une année de recherches et d’aventures. Pour notre plus grand plaisir, elle nous envoie ses correspondances, écritures dociles, vision d’une française dans un petit bourg du sud germanique.
D’Allemagne, où je bois du Silvaner…
Les verres de vin en Allemagne sont de gros ballons de 25cl. Constat, comme un mauvais présage, qu’une bouteille ne contient alors que 3 verres. Une bouteille ne pourra abreuver que 3 personnes. Je suis pas d’accord. Et puis si on est deux? Une bouteille de vin, c’est destiné à remplir, et reremplir, remplir encore les verres et non à se déverser une fois pour toutes, á être jetée, sitôt finie. La bouteille, pas encore vide, elle trône sur la table et tarde à se faire remplacer. C’est ainsi.
Qu’aurai-je pensé de la taille des bouteilles et des verres de vin, si j étais née en 17 à Leidenstadt ? (réf) Le contraire assurément, et j’eusse été tout aussi acharnée à le défendre.
Que retiendrai-je d’Allemagne ?
Par exemple que le Silvaner est un cépage, cultivé le long du Danube, pointe orientale de la route des vins allemande de Wurtzbourg - en Franconie - à l’Alsace, et qu’il se présente dans des bouteilles plates et rondes en forme de bourses de bouc.
Enfin, moi, je ne saurai pas parler d’avantage de vin, il faudrait demander à Lolita. Je me chantonne cette chanson de Patricia Kaas, j’oublie les paroles et les adapte à moi-même… D’Allemagne, où parmi cent bières je vais goûter les vins. D’Allemagne, où l’on ne chante pas en alexandrin…
Ce soir on est trois à table, ça tombe bien avec le Silvaner conseillé par un petit caviste au pied de la cathédrale de Würzburg. Mais pour le boire on n’a que des chopes de bière. Mince.
Les correspondances de Coline (2)
Coline Eberhard, grande amie depuis désormais quinze saisons, s’en est allée en Allemagne, le temps d’une année de recherches et d’aventures. Pour notre plus grand plaisir, elle nous envoie ses correspondances, écritures dociles, vision d’une française dans un petit bourg du sud germanique.
Glühwein
Quatre vendredis avant Noël, la place du vieux marché de Nürnberg déborde de monde, familles, vieux et les premiers des 2 millions de touristes attendus. Il fait nuit noire, à 17h30 l’enfant Jésus déclarera ouvert LE marché de Noël. L’enfant Jésus est une charmante adolescente coiffée d’une perruque blonde, bouclée, perchée sur le balcon d’une cathédrale gothique multicolore. C’est la période de l’Avent, l’Allemagne est plus kitsch que jamais. En cette période de l’Avent, il est temps d’oublier la bière pour le vin chaud. Glühwein. Tradition oblige, plus question de boire autre chose et chaque jour de l’Avent on doit en tester un nouveau. Fini les petites fenêtres avec des chocolats.
Le vin chaud est redoutable pour réchauffer le bout de ses pieds et le vin chaud à partir de vin blanc est délicieux. Merveilleux breuvage. La reine des Glaces elle-même n’y serait pas indifférente. De plus la version vin blanc donne bien moins mal à la tête. C’est samedi, on m’emmène en ville. Derrière une rue : le hipster marché de Noël. Wow… Vraiment. Le vin chaud y est décliné. En fait il n’y en a pas. Il y a de la caipirinha chaude. Oué… C’était une bonne soirée. Entre quelques bars et trois tours à vélo, un concert, 2 mecs de Berlin, DJ et MC, qui ne seront pas déçus de l’accueil franconien qui leur est réservé au Club Stereo. Comme ils le chantent : Ihr seid nicht Berlin ; nan en effet mais osef on est à Nürnberg alors tout roule. Et moi je suis de Fürth, j’avais encore à rouler mes huit bornes sur mon beau vélo, même pas froid.
Dimanche de l’avent, celui où l’on allume la première bougie. Je passe le dimanche dans la forêt pour voir les sangliers. Puis il est temps de tester de nouveaux vins chauds. Version fruitée ? Celui aux groseilles passe pas trop mal, celui qu’on a fait nous même beaucoup moins : trop de citron, pas assez du reste : sucre, orange, cannelle, anis étoilé et autres racines, tout ce qu’on a sous la main. On rajoute du miel et du rhum, l’ingrédient secret. Il fait chaud. Le glühwein prend tout son sens de boisson de Noël, autour de laquelle on se retrouve le soir ensemble, à regarder la brume envahir la nuit en attendant Noël quand on rentrera à la maison.
Coline Eberhard.
Les Correspondances de Coline (3)
Coline Eberhard, grande amie depuis désormais quinze saisons, s’en est allée en Allemagne, le temps d’une année de recherches et d’aventures. Pour notre plus grand plaisir, elle nous envoie ses correspondances, écritures dociles, vision d’une française dans un petit bourg du sud germanique.
Tokay
Je me suis levée l’esprit blanc et le cœur chaud. Il neige doucement, une douceur que j’approuve de tout l’apaisement d’une nuit de sommeil conseillée par un bon vin, d’une nuit guidée par une soirée de discussion, des larmes au rire. Pourquoi on ne veut presque pas rentrer chez nous pour les vacances, pourquoi devra-t-on encore revenir et repartir? Pourquoi cette région est aussi confuse, pourquoi tant d’émotion à la saison du solstice d’hiver.
Et toutes ces questions s’effacent, elles s’effacent avec le vin hongrois et la musique française, et on se raconte ce qu’on se rapportera, Mariann de Hongrie et moi de France. La bouteille est finie et sur la carte devant nous, Nürnberg est à équidistance de Budapest et de Paris. Chez nous, 750 km de chez nous.
Le Tokay a une couleur splendide d’or et d’ambre, sur ma table parmi les bougies il brille comme un bijou; il est déguisé en vin cuit – sauf qu’il ne l’est pas : il s’élabore à partir d’une pourriture noble. L’ambre de la robe se retrouve en bouche, il s’impose avec une poigne fière, liquoreux comme un muscat mais bien plus exubérant, il délivre pêche et franche vigueur.
A vrai dire d’autre semblent en avoir parlé mieux que moi : « Voici le roi des vins et le vin des rois », déclara Louis XIV à propos d’une cuvée qui lui avait été offerte par le prince de Transylvanie, l’impératrice Catherine la Grande « ne pouvait vivre sans » et la liste des poètes qui l’ont chanté, de Voltaire à Goethe, est tout aussi intéressante que l’histoire politique même de ce vin, de l’implantation antique du cépage à une des premières « AOC » avant même le vin de Bordeaux, du vin de cour à la collectivisation sous l’URSS, des petits producteurs aux rachats par les grandes compagnies internationales. Et de ma hâte d’en déguster encore avec le respect qu’il impose.
Coline Eberhard.
Les Correspondances de Coline (4)
Coline Eberhard, grande amie depuis désormais quinze saisons, s’en est allée en Allemagne, le temps d’une année de recherches et d’aventures. Pour notre plus grand plaisir, elle nous envoie ses correspondances, écritures dociles, vision d’une française dans un petit bourg du sud germanique.
Bacchus, Franconie, demi sec.
Je semble rajeunir ici. A 24 ans, j’en ai 20 pour toujours. Je vis ailleurs, mais je ne m’installerai pas ailleurs, comment s’installer, quand on connait la vie et le soleil tels que les ont filmés Rohmer ou Truffaut? Dans ce pays sans demoiselles, le cœur ne se laisse que peu aller à des tourbillons des plus terribles ni des plus fantastiques sentiments. Quand on sait ce que c’est que l’insouciance; et toute sa gravité, et qu’on la respecte comme d’autres la nature ou dieu, alors qu’elle n’existe pas et pourtant elle pousse le cœur vers le lointain sans un jamais ni un toujours. Je joue à la française avec plaisir et ironie, les clichés sont si flatteurs, ceux qui s’y arrêtent si bêtes.
J’ai bu un Dornfelder l’autre jour, il était très fruité, c’était indéniable: Et désagréable. Un arôme quelconque, mais très reconnaissable. Vraisemblablement une raison d’aimer le vin ici. Un rouge d’été qui n’accompagnerait aucun plat, n’apporterait aucune langueur à l’esprit. Ce soir c’est un Bacchus blanc, et il me fait bien plus d’effet. Bacchus m’entraine et m’égaie, et je rêve. Je trépigne d’une suite à la soirée, je veux de la musique, une musique avec des cuivres sur lesquels s’accorder, se lancer, se reposer et puis danser. Je suis heureuse, détendue, éméchée, je me sens belle, je voudrais danser, le sourire rose et les joues rouges, faire virevolter ma jupe et que celui que j’aime encore me regarde et m’admire. Le vin m’égaie, me mets en joie. Le vin rend fou et philosophe; continuerai-je la soirée ainsi que je chanterai Moustaki, parlerai de faire de chaque jour toute une éternité d’amour, faisant de mon pays celui des vignes mais aussi des mots, que j’aime et que d’avantage je voudrais partager, tandis que je suis ici, au pays du Bacchus.
Coline Eberhard
http://youtu.be/JxtPNEuPOwY
Budapest Klezmer Band - Yidl mit’n Fidl
